C'est avec impassibilité que je mets les pieds dans la petite église de campagne. Les fenêtres givrées, frappées par le vent glacial du mois de février, laissent entrer dans ce lieu de culte aux allures délaissées, une lumière claire et franche qui reflète doucement sur le vernis des bancs en bois. Depuis le balcon surplombant la nef, l'organiste plaque quelques notes dont le son retentit de manière polie et étouffée, habitué au silence de mort qui précède l'arrivée du cercueil. Puis les portes s'ouvrent. Et tout le monde, les invités frigorifiés, entassés sur les tapis saturés d'eau glacée près des portes, baissent les yeux, en signe de respect ou de faiblesse.
Le cortège, multitude de visages mouillés, avance vers l'autel avec la bravoure de ceux qui ont traversé la nuit.
Tout au fond, je regarde la lumière pénétrer par les sobres vitraux, l'ombre colorée en forme de croix qui se dépose sur les rangées de bancs dans une plénitude fracturée. Et je vois cet homme assis seul, qui, immobile, regarde avec intensité tous les gens présents aux obsèques, et sourit tranquillement lorsque les prières et les mots de réconfort rebondissent contre le toit cathédral et les murs blancs étincelants. De grosses larmes coulent sur mes joues.
Je ne l'ai rencontré que cette fois-là.
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