Alors que je revenais à la maison en tenant fermement le lourd pot Masson que ma tante avait entourée avec le plus grand soin d'un ruban orange brulé assorti à la couleur du liquide brun dans lequel marinaient les légumes, je m'arrêtai quelques instants face à un grand érable dans lequel, ce matin-là, j'avais aperçu un tamia rayé s'enfuir dans son nid. J'avançai tranquillement sur le terrain privé d'un vieil homme qui, disait-on, n'avait plus que la peau sur les os et que s'il prenait quelqu'un à s'aventurer dans son domaine, il lui croquait la tête et que sa bouche, qu'il ouvrait tellement grande qu'on racontait qu'on ne voyait à peine les yeux et dont on entendait se briser les os de sa mâchoire, devenait comme un vortex qui avalait tout sur son passage. Je m'étendis au milieu des herbes piquantes pour chercher en vain le tamia alors que j'entendis la porte de la maison du vieil homme s'ouvrir dans un craquement spectaculaire qui même aujourd'hui me semble surnaturel. Je me levai d'un bond et pris mes jambes à mon coup, puisque du coin de l'oeil je devinai une silhouette rachitique entendre les bras dans les airs, rejoignant les branches des arbres au dessus de ma tête en criant des mots incompréhensibles. Ma panique confirmant les oui-dires, je fonçai la tête baissée vers ce que je croyais un meilleur futur alors que devant moi, l'air hébété, se tenait le tamia, vision duquel me fit perdre pied et je me retrouvai face contre terre, la terre étant, dans ce cas-là, je m'en souviens encore, le béton du trottoir. Je me relevai pour découvrir avec horreur que la jar de choux-fleurs marinés s'était également fracassé contre le sol, d’où se déversaient comme une blessure béante, comme les entrailles d'un samurai sous la lame du seppuku, les précieuses marinades. De mes mains tremblantes et incrustées de cailloux, je saisis l'un des légumes parmi les éclats de verre, les gouttes de sang qui coulait de mon nez et le liquide brun parfumé d'épices dont seule ma tante Caroline connaissait le secret, et je l'avalai sur-le-champ. Puis un autre. Puis un autre. Des larmes, qui comme aujourd’hui au milieu de la rue Mont-Royal, coulaient sur mes joues alors que je tenais entre mes doigts ensanglantés, le ruban orange brulé dont ma tante avait orné le cadeau des 7 ans de mariage de mes parents.
lundi 19 septembre 2011
Les choux-fleurs marinés
Ça m'a frappé comme la foudre. Je restai immobile au milieu de la foule des passants flous et hasardeux, fixant droit devant moi, d'un regard vide la folie de la rue, alors que dansait sur ma langue le goût très précis des choux-fleurs marinés que ma tante Caroline me servait lorsque j'allais la visiter, il y a bien longtemps de cela. Tellement longtemps qu'au premier abord, le goût ne réveilla en moi qu'un souvenir, ou plutôt une rumeur d'un sentiment, comme un bruit sourd qui nous tire d'un sommeil agité, alors que l'on cherche en vain une réponse dans nos rêves. Je tenais d'une main le plat en styromousse de ma salade qui abritait, sans aucune prétention, le goût presque irréel et fuyant qui animait mes papilles gustatives et faisait dévaler mon cerveau à une vitesse phénoménale. J'aurais pu choisir un tout autre endroit que ce restaurant aux allures banales, et ne jamais avoir été témoin de la scène qui surgit de ma mémoire, et qui sans vraiment que je m'en aperçoive avait mouillé mes yeux faits rougir mes joues de honte au milieu du flot de gens de la rue Mont-Royal qui semblait tout d'un coup être devenus anonyme et sans pitié.
Alors que je revenais à la maison en tenant fermement le lourd pot Masson que ma tante avait entourée avec le plus grand soin d'un ruban orange brulé assorti à la couleur du liquide brun dans lequel marinaient les légumes, je m'arrêtai quelques instants face à un grand érable dans lequel, ce matin-là, j'avais aperçu un tamia rayé s'enfuir dans son nid. J'avançai tranquillement sur le terrain privé d'un vieil homme qui, disait-on, n'avait plus que la peau sur les os et que s'il prenait quelqu'un à s'aventurer dans son domaine, il lui croquait la tête et que sa bouche, qu'il ouvrait tellement grande qu'on racontait qu'on ne voyait à peine les yeux et dont on entendait se briser les os de sa mâchoire, devenait comme un vortex qui avalait tout sur son passage. Je m'étendis au milieu des herbes piquantes pour chercher en vain le tamia alors que j'entendis la porte de la maison du vieil homme s'ouvrir dans un craquement spectaculaire qui même aujourd'hui me semble surnaturel. Je me levai d'un bond et pris mes jambes à mon coup, puisque du coin de l'oeil je devinai une silhouette rachitique entendre les bras dans les airs, rejoignant les branches des arbres au dessus de ma tête en criant des mots incompréhensibles. Ma panique confirmant les oui-dires, je fonçai la tête baissée vers ce que je croyais un meilleur futur alors que devant moi, l'air hébété, se tenait le tamia, vision duquel me fit perdre pied et je me retrouvai face contre terre, la terre étant, dans ce cas-là, je m'en souviens encore, le béton du trottoir. Je me relevai pour découvrir avec horreur que la jar de choux-fleurs marinés s'était également fracassé contre le sol, d’où se déversaient comme une blessure béante, comme les entrailles d'un samurai sous la lame du seppuku, les précieuses marinades. De mes mains tremblantes et incrustées de cailloux, je saisis l'un des légumes parmi les éclats de verre, les gouttes de sang qui coulait de mon nez et le liquide brun parfumé d'épices dont seule ma tante Caroline connaissait le secret, et je l'avalai sur-le-champ. Puis un autre. Puis un autre. Des larmes, qui comme aujourd’hui au milieu de la rue Mont-Royal, coulaient sur mes joues alors que je tenais entre mes doigts ensanglantés, le ruban orange brulé dont ma tante avait orné le cadeau des 7 ans de mariage de mes parents.
Alors que je revenais à la maison en tenant fermement le lourd pot Masson que ma tante avait entourée avec le plus grand soin d'un ruban orange brulé assorti à la couleur du liquide brun dans lequel marinaient les légumes, je m'arrêtai quelques instants face à un grand érable dans lequel, ce matin-là, j'avais aperçu un tamia rayé s'enfuir dans son nid. J'avançai tranquillement sur le terrain privé d'un vieil homme qui, disait-on, n'avait plus que la peau sur les os et que s'il prenait quelqu'un à s'aventurer dans son domaine, il lui croquait la tête et que sa bouche, qu'il ouvrait tellement grande qu'on racontait qu'on ne voyait à peine les yeux et dont on entendait se briser les os de sa mâchoire, devenait comme un vortex qui avalait tout sur son passage. Je m'étendis au milieu des herbes piquantes pour chercher en vain le tamia alors que j'entendis la porte de la maison du vieil homme s'ouvrir dans un craquement spectaculaire qui même aujourd'hui me semble surnaturel. Je me levai d'un bond et pris mes jambes à mon coup, puisque du coin de l'oeil je devinai une silhouette rachitique entendre les bras dans les airs, rejoignant les branches des arbres au dessus de ma tête en criant des mots incompréhensibles. Ma panique confirmant les oui-dires, je fonçai la tête baissée vers ce que je croyais un meilleur futur alors que devant moi, l'air hébété, se tenait le tamia, vision duquel me fit perdre pied et je me retrouvai face contre terre, la terre étant, dans ce cas-là, je m'en souviens encore, le béton du trottoir. Je me relevai pour découvrir avec horreur que la jar de choux-fleurs marinés s'était également fracassé contre le sol, d’où se déversaient comme une blessure béante, comme les entrailles d'un samurai sous la lame du seppuku, les précieuses marinades. De mes mains tremblantes et incrustées de cailloux, je saisis l'un des légumes parmi les éclats de verre, les gouttes de sang qui coulait de mon nez et le liquide brun parfumé d'épices dont seule ma tante Caroline connaissait le secret, et je l'avalai sur-le-champ. Puis un autre. Puis un autre. Des larmes, qui comme aujourd’hui au milieu de la rue Mont-Royal, coulaient sur mes joues alors que je tenais entre mes doigts ensanglantés, le ruban orange brulé dont ma tante avait orné le cadeau des 7 ans de mariage de mes parents.
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